Un bonnet phrygien bien caché dans le temple…

9 Mai 2018

Un bonnet phrygien caché dans le temple… l’avez-vous déjà vu ? Pas si simple de le trouver, car il est bien caché.

Un peu d’histoire :

Symbole de la liberté et du civisme : Un bonnet phrygien est une coiffe symbole de la révolution française, c’est l’un des attributs de Marianne. Son origine est à trouver dans l’antiquité grecque et romaine : à Rome, il coiffe les esclaves affranchis. C’est là que nait sa symbolique de la Liberté qu’on retrouve et aux Etats-Unis pendant la guerre d’indépendance, et lors de la révolution française. Il est aussi symbole de Civisme des citoyens qui le portent, il est souvent rouge.

Où est-il ? Celui du temple du Marais a été sculpté pendant la révolution au-dessus d’une porte d’entrée latérale du bâtiment. Actuellement, il est au-dessus d’une porte menant à l’escalier pour monter à l’orgue. Attention ! Il n’est pas accessible au public (normes de sécurité).

La révolution : un temps de transformation pour les bâtiments de l’Eglise. En effet, la révolution française voit la fermeture du couvent des visitandines en 1790, la « nationalisation » de ses bâtiments, dont l’Eglise qui devient bien public, puis la vente des bâtiments et terrains comme biens nationaux, en différents lots. Le quartier vit pendant la Révolution et l’Empire un grand bouleversement urbanistique : la forteresse de la Bastille est détruite et de nombreux bâtiments religieux sont vendus et donc détruits, transformés, réaffectés, modifiés… de plus, des rues sont percées comme la rue Castex, ou réaménagées.

Reste… la Chapelle (le temple dans lequel nous nous réunissons aujourd’hui) ! Elle est déjà perçue comme un « Monument des arts » qu’il faut préserver. Si tout le reste du couvent est vendu et/ou détruit, la chapelle retrouve rapidement un usage, elle devient dépôt de livres : on y stocke le contenu des bibliothèques des couvents ou des « émigrés » (nobles fuyants la révolution) saisies, qui iront rejoindre les collections nationales de l’actuelle Bibliothèque Nationale. Et puis, l’Eglise est réaménagée, elle ne va pas subir de grandes modifications de structures mais elle perd certains de ses décors, les tableaux et sculptures emmenés vers ce qui deviendront là aussi des collections nationales, et surtout les décors métalliques : autel en argent, ferronneries en bronze des balustrades des chapelles, plaques commémoratives en bronze doré… L’argent part au Trésor, et le bronze fera des canons. Il faudra aussi fermer certaines ouvertures vers des endroits qui n’existent plus : la porte vers l’infirmerie, les accès vers le cloitre ou vers la pièce où les sœurs assistaient à la messe.

Club révolutionnaire : Et puis, -c’est la raison pour laquelle ce bonnet est là !-, un Club révolutionnaire s’installe dans l’Eglise. Il décide rapidement de sculpter ce bonnet phrygien au-dessus de la porte latérale d’entrée. Cela permettait de marquer très simplement car visuellement le lieu d’installation du club, et de transformer l’ancienne sculpture, un cœur immaculé de Marie, que les révolutionnaires ne pouvaient conserver ! À côté des grands clubs (Cordeliers, Jacobins, Feuillants) de nombreux clubs plus petits ou thématiques se créent. Celui de la rue Saint Antoine est le club des nomophiles, c’est-à-dire la société des amis de la loi. Particularité, c’est un club acceptant les femmes et pas comme spectatrices des débats.

Théroigne : C’est donc cette spécificité qui va fonder la réputation du club : une femme, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, fait partie des fondateurs. Née paysanne dans les Ardennes belges, abandonnée, dame de compagnie, demi-mondaine entretenue, c’est son combat pour la liberté et son engagement qui lui font se construire une identité nouvelle, d’ouvrir un salon à Paris et de fonder une société patriotique : les fameux nomophiles… Très engagée, elle participe à des actions révolutionnaires, ce qui ne la protège pas des agressions des « tricoteuses ». Elle en perdra la raison et sera internée jusqu’à sa mort. Elle ne fut pas qu’une exaltée, elle a profondément contribué au débat sur la place des femmes en politique, dans la société, et elle s’est profondément engagée pour l’éducation des enfants, notamment des filles, ce dont elle a souffert étant enfant.

L’Eglise à la sortie de la révolution va connaitre une troisième vie : en 1802, Bonaparte l’affecte au culte protestant, faisant de l’ancienne chapelle du Couvent le premier lieu de culte officiel pour les protestants dans Paris. Le bonnet phrygien et la plaque noire sur la façade extérieure du temple portant l’inscription « Lois et actes de l’autorité publique » sont les seules traces de la vie révolutionnaire du bâtiment. Quand l’immeuble d’à côté s’est construit, la porte latérale a été condamnée et la sculpture oubliée. C’est sans doute ce pourquoi le bonnet est toujours là !

Aujourd’hui, marque de cette troisième vie du bâtiment, la plaque sur la façade du temple nous rappelle, en citant la Bible, que « là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Corinthiens 3,17)