Et les ados ?

Aujourd’hui au Marais il n’y a pas d’activité spécifique qui soit proposée aux adolescents. C’est pour le moins une question, voire une inquiétude légitime, et cela depuis déjà plusieurs années. Il y a déjà eu des groupes d’ados à un moment ou un autre, mais jamais une dynamique très forte; voici quelques pistes de réflexion sur le sujet.

  1. Les adolescents et leurs besoins spécifiques. 

Bien sûr chaque personne a une histoire et un développement différent quel que soit son âge, néanmoins il existe quelques repères généraux qui aident à comprendre de quoi on parle exactement. On admet couramment aujourd’hui que l’adolescence dure une dizaine d’années, environ entre 10 et 20 ans et comprend elle-même plusieurs âges différents : entre un pré-ado encore à l’école primaire et un jeune étudiant il y a un monde mais chacun se tient à une extrémité de la même trajectoire qui permet de passer de l’enfance à l’âge adulte. Pour aller très vite, voici quelques besoins spécifiques pendant cette transition :

Les ados ont besoin d’autonomie et de sécurité en même temps, et c’est un équilibre qui n’est pas facile à trouver car en plus il évolue en permanence ! Pour grandir ils ont besoin de s’éloigner de leurs repères enfantins sans pour autant prendre trop de risques qui les mettent en danger. Cela signifie par exemple qu’ils ont besoin d’un espace, d’un temps et d’une activité spécifiques au sein desquels ils vont pouvoir vivre des expériences leur permettant de découvrir en même temps leurs propres capacités, celles des autres et le monde qui les entoure. 

 Les ados ont besoin d’adultes présents et confiants, autres que leurs parents. Pour trouver la force de quitter cette enfance dans laquelle ils sont à l’étroit, ils ont bien souvent besoin de s’opposer aux modèles parentaux. Pourtant ils ont aussi besoin d’adultes qui pourront les accompagner, les encourager et les rassurer afin de trouver la confiance nécessaire pour se lancer dans l’aventure de la vie. Les parents, nécessaires et aimants, restent un port d’attache mais ne peuvent plus être la référence unique et passer le relais à d’autres adultes de confiance (si possible plus jeunes que les parents) et prêts à aimer les ados est essentiel pour tous.

Les ados ont besoin de se retrouver en bande organisée. Un ado isolé se sent vite menacé et fragile, et le groupe est à cet âge indispensable pour se sentir compris et protégé. Un ado ne vient donc jamais seul à une activité, il vient s’il sait qu’il y retrouvera des amis : soit il les amène avec lui, soit il les a déjà et les y retrouve, mais un groupe d’ados n’est jamais une addition d’individus, c’est toujours avant tout une dynamique de groupe.

Les ados ont besoin d’espérance et de sens. Comme chacun d’entre nous ! Mais cette génération, aujourd’hui, peut-être encore plus que d’autres : construire sa vie dans un monde menacé par la crise climatique, la guerre et l’intelligence artificielle est quand même inédit pour l’humanité… C’est un défi pour tous, eux et nous, et nous avons le devoir de partager avec eux les ressources qui nous sont utiles pour le relever, et la foi au Christ ressuscité en fait partie. 

  1. Les défis à relever au Marais 

Nous avons la joie d’accueillir de nombreux enfants dans notre Eglise. Cela n’a pas toujours été le cas et nous rendons grâce ! Ceux-ci ont, pour leur écrasante majorité, moins de 10 ans mais ils “disparaissent” en entrant dans l’adolescence. Celle-ci passée, nous voyons des étudiants et jeunes professionnels revenir participer à la vie de l’Eglise. Il y a donc un “trou” et nous essayons de comprendre pourquoi. Voici quelques raisons, certaines spécifiques au Marais, d’autres moins. 

A Paris, rares sont les familles qui peuvent continuer à habiter intra muros quand le nombre et les enfants grandissent. Il faut souvent s’éloigner, voire partir en province. Si les adultes consentent à des trajets parfois longs, les adolescents n’ont pas l’autonomie suffisante pour les faire seuls. Or d’une part ils n’ont plus envie de dépendre de leurs parents, et de l’autre leur vie (leurs activités, leurs amis) sont ailleurs, en général en proximité du lieu d’habitation. L’Église petit à petit devient un lieu difficile à atteindre et associé aux parents, donc nettement moins attirant.

Le fonctionnement actuel des cultes pour les enfants le dimanche matin permet difficilement de créer des amitiés entre les enfants : chaque famille choisit les dimanches où elle est présente en fonction de ses disponibilités, ce qui fait que les enfants ne sont pas toujours les mêmes dans les groupes. Des activités sont proposées aux enfants et ils n’ont ni le temps ni l’espace de jouer librement, ce qui ne les aide pas à tisser des amitiés. Ils ne viennent donc pas à l’Église d’abord pour retrouver des amis, mais parce que leurs parents les y amènent. Et quand vient le temps de s’opposer aux parents… Ils ne viennent plus.

Par ailleurs, à ce jour nous n’avons pas d’adulte qui se soit manifesté avec un appel particulier pour les adolescents… Et il en faudrait plusieurs. Mais ça, c’est presque le point le plus facile car le Seigneur appelle toujours les ouvriers nécessaires pour ses projets ! 

  1. Pistes de réflexion et questions 

Les enfants d’aujourd’hui sont les adolescents de demain. Le ministère de l’enfance en a bien conscience et a décidé cette année de renforcer des activités familiales proposées en plus des activités uniquement pour les enfants afin de permettre à ceux qui le souhaitent de tisser des liens d’amitié entre parents pour se soutenir dans la tâche difficile d’élever des enfants en témoignant de la foi. Mais il s’agit aussi de permettre aux enfants de développer des liens d’amitié entre eux qui leur donnent envie de se retrouver à l’Église même en grandissant, et de surmonter les difficultés d’agenda, de distance à parcourir et de choix à faire entre les activités qui se présentent immanquablement en grandissant.

Le corps du Christ est plus grand que les limites du Marais. Il est aussi possible de proposer aux enfants et ados de se retrouver dans un autre cadre que celui de notre Église pour leur permettre de grandir ensemble et d’être accompagnés par d’autres adultes qui le feront même peut-être mieux. Nous avons partagé cette année avec les familles un large répertoire d’associations qui accueillent familles et enfants / adolescents sur des temps de vacances scolaires en leur permettant de vivre de fortes expériences. Et si demain nous avons beaucoup d’ados, il sera peut-être opportun d’organiser nous-mêmes de tels camps pendant les vacances plutôt que de s’épuiser à essayer de se rassembler pendant le temps scolaire ?

Enfin, il est aussi possible que nous nous trompions de cible en ne regardant que les potentiels ados des familles qui viennent à l’Église. Et si, à l’inverse, nous étions plutôt appelés à nous tourner vers ceux qui vivent à côté de l’Église sans y venir, dans une démarche qui soit plus d’évangélisation ? En semaine, ils sont nombreux à passer devant le temple en sortant des différents collèges et lycées du quartier. Mais qui, en semaine, serait disponible pour les accueillir, comment entrer en contact avec eux… ? 

Comme vous le voyez, la question est passionnante et peut-être plus complexe qu’il n’y paraît…

Anne Faisandier