Du culte à la culture
Je ne sais pas si vous aviez déjà remarqué que l’étymologie des mots “culte” et “culture” était la même : ils viennent tous deux du latin “cultus” qui désigne dans un même mouvement ce que l’on cultive, ce dont on prend soin, et ce que l’on honore. Car, de ce que l’on veut honorer, on prend soin en le cultivant. Quand nous rendons un culte au Seigneur, le dimanche tous ensemble ou chez nous à d’autres moments, nous honorons et cultivons la relation qui nous unit à Lui. En faisant cela, nous créons aussi une culture propre à tous ceux qui se rassemblent pour le vivre. Si l’on prend cette image en jouant sur le double sens du mot “culture”, notre façon de vivre l’Église sème des graines qui poussent ensuite en faisant du Marais et de chacune de nos vies des champs qui portent du fruit.
Durant sa retraite de fin d’année, le Conseil presbytéral a entre autres réfléchi au fait qu’au Marais, à côté d’une vision, de projets et d’activités, il y a aussi une culture spécifique. Autour de nous, il y a des cultures entreprises, familiales, générationnelles, etc. La nôtre est cultuelle, spirituelle et chrétienne. Celle-ci est au moins aussi importante pour annoncer l’Évangile et grandir dans la foi que toutes nos bonnes idées de projets ou d’activités, et d’ailleurs les unes viennent nourrir l’autre et inversement. C’est une sorte de “bain” qui imprègne toute la vie de la communauté. Comme dans l’agri-culture la terre et les conditions climatiques ont autant d’importance que la graine de départ et le soin apporté par le cultivateur. Et cela n’empêche pas de choisir ensuite ce que l’on va faire avec les fruits récoltés.
Mais qu’est-ce qu’une culture exactement ? Après quelques lectures je vous propose la définition suivante qui me semble à la fois simple et disant l’essentiel : une culture désigne la construction par des hommes et des femmes de leur représentation du monde. C’est à la fois un langage, un rapport à l’histoire, une façon de vivre, de réfléchir, de construire du commun et de se différencier, d’aborder et de penser les problèmes qui surviennent, un système de croyances, des habitudes… Une culture, c’est aussi ce qui permet entre autres à un groupe de communiquer sans trop de malentendus. Et nous savons tous combien ce concept sous-tend de nombreux débats et tensions qui traversent la société dans laquelle nous vivons : entre ceux qui sentent leur culture menacée et ceux qui développent une contre-culture, ceux qui ont hérité de plusieurs cultures, ceux qui prennent leur culture propre comme universelle, etc. Bref c’est un sujet très vaste.
En y réfléchissant en Conseil, une conviction a été posée : au Marais, nous avons envie de vivre selon une culture du Royaume de Dieu, et c’est ce qui fait lien entre nous. Nous savons bien que nous ne sommes pas encore dans le Royaume, et que le temps et le lieu dans lequel nous sommes et notre humanité limitée imprègnent nos façons d’être. Mais nous voulons que ce qui tend vers cette culture du Royaume passe en premier, devant chacune de nos cultures particulières.
A quoi reconnaît-on cette culture spécifique ? Après deux années de ministère au milieu de vous, je tente une petite liste des marques que l’on retrouve de façon récurrentes, liste non exhaustive et qui sans doute appellera le débat :
- Être centrés sur le Christ de préférence à nos héritages comme nos idées personnelles.
- Un vrai désir de se mettre à l’écoute de ce que l’Esprit-Saint dit aujourd’hui.
- La prière comme irriguant chaque temps de notre vie d’Église, et pas comme une activité séparée.
- Une façon de nous aimer les uns les autres en Christ, qui s’appuie à la fois sur un souci de la croissance spirituelle et l’accompagnement des personnes, sur une organisation des ministères structurée et collégiale, et sur une complémentarité entre hommes et femmes.
- La louange comme façon première de se tenir devant Dieu le Père.
- Des enseignements enracinés avant tout dans une lecture approfondie de la Bible.
- Une joie que nous avons envie de partager avec le plus grand nombre, en particulier dans l’accueil des nouvelles personnes.
Et vous, vous en pensez quoi, et vous rajouteriez quoi à cette liste ? A quoi reconnaît-on un champ cultivé “à la façon du Marais” ? Voici un bon sujet de réflexion et de discussion pour le temps de jachère que sont les vacances !
Anne Faisandier, pasteure