Abraham, Moïse, David… et les autres ? – Octobre 2020

Les seconds rôles dans le Premier Testament ont la parole

On estime au minimum à 1100 le nombre des personnes nommément désignées dans le Premier Testament. Ce n’est pas rien !

Evidemment, ces personnes, pour la très grande majorité d’entre elles, ne sont citées qu’une fois, dans une généalogie, à l’occasion d’un événement… Et puis, il y a les « premiers rôles », les « incontournables », celles et ceux qui tiennent le haut de l’affiche.

Cependant, entre les centaines de quasi anonymes et les « stars », il y a quelques dizaines de « seconds rôles », ni patriarches, ni grands prophètes. On pense les connaître, parce qu’ils reviennent à plusieurs reprises dans le récit, qu’on les aperçoit de temps en temps à proximité des « premiers rôles », qu’ils sont fille ou fils de…, épouse ou époux de…

Mais les connaît-on vraiment ?

Pour nous en assurer, nous allons déplacer le projecteur et le braquer sur quelques « seconds rôles » dans le Premier Testament.

Pendant les 3 premières semaines d’octobre, nous irons à la rencontre de Sara (semaine 1), Ruben (semaine 2) et Miriam (semaine 3)

SEMAINE 1 : SARAH

ICE BREAKER : C’était quand la dernière fois que vous vous êtes dit que quelque chose était vraiment impossible pour vous ?

MERCI ! Rendons grâces à Dieu pour tous les impossibles que Dieu a rendus possibles dans nos vies ou dans celles de nos frères et sœurs !

BIBLE ! Lecture de Genèse 18,1-15

  1. Qu’est-ce qui – pour vous – dans ce récit semble le plus improbable ?
  2. Observez Abraham dans le récit : quel parallèle faites-vous entre son hospitalité et sa foi ?
  3. Comment Sarah se positionne t’elle (rire, peur, etc) ? Comment Dieu renverse son positionnement ?
  4. A quel autre récit vous fait penser celui-ci ? Et pourquoi ? (une autre annonciation…)

CITATION ! « Y-a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahvé ? A la même saison l’an prochain, je reviendrai chez toi et Sarah aura un fils. » Genèse 18,14 (Bible de Jérusalem)

INTERCESSION ! Nous prions pour toutes ces situations qui nous semblent bloquées, et dont nous avons du mal à croire que Dieu peut les débloquer : Seigneur, pardon pour notre incrédulité !

LA RÉFLEXION ! Dans la série des seconds rôles, Sarah occupe la première place (!), étant donné qu’elle est la seconde femme à apparaître nommément dans la Bible (après Éve). Présentée tout d’abord dans la liste des gens et des biens qu’Abram emporte avec lui lorsqu’il obéit au commandement de Dieu de quitter son pays, Sarah va petit à petit prendre sa place en tant que croyante dans l’histoire du patriarche. Car son histoire personnelle est intimement liée à l’appel de son mari et à la promesse que Dieu lui a faite : Dieu a promis une descendance à Abraham, alors qu’elle souffre d’infécondité. Et malgré la tentative – dont elle est à l’origine – de contourner le problème en proposant à Abraham de coucher avec Agar sa servante en vue d’avoir un enfant, c’est bien d’elle que naîtra la descendance promise par Dieu.

Qu’apprenons-nous d’elle dans les quelques chapitres 12 à 23 de la Genèse ? Plusieurs détails qui pourront vous intéresser : son prénom signifie « princesse » ; elle était très belle (Gen 12, 11-13) ; avec Abraham, ils aimaient bien rigoler (en Gen 17 et Gen 18, chacun à leur tour, ils rient à l’idée d’avoir un enfant à leur âge) ; elle avait 90 ans quand Isaac est né (oui, oui, ne riez pas!) ; et à sa mort, (à 127 ans) elle a été enterrée à Hébron dans ce qu’on appelle aujourd’hui « le tombeau des patriarches ».

Intéressons-nous maintenant à ce récit de l’annonce de la naissance d’Isaac. C’est d’abord un récit d’hospitalité : une hospitalité à l’orientale avec ses codes et ses règles qui peuvent nous sembler assez étrangers. Nous sommes un peu comme Sarah, cachés derrière la tente, à observer la scène : les 3 hommes qui surgissent de nulle part en plein cagnard, Abraham qui se précipite pour les accueillir, leur offrant de l’eau pour se laver les pieds, de l’ombre pour se reposer et un bon repas à partager.

Tout au long de la scène, Sarah reste en arrière plan, cachée derrière sa tente (juste sollicitée pour faire les galettes). Mais ce sont les trois hommes qui vont la mettre en lumière : « Où est Sarah ta femme ? ». Et même si la promesse demeure celle faite à Abraham, c’est bien Sarah qui passe au premier plan ici, c’est elle « qui aura un fils ».

Le projecteur se déplace, le zoom est sur elle, mettant la lumière sur ce qui s’agite dans le secrets de ses pensées. A l’agitation d’Abraham pour accueillir au mieux les trois anges du Seigneur, s’oppose la stupeur de Sarah et sa difficulté à accueillir pour elle-même l’impossible de Dieu. Son rire n’est pas encore le rire d’une mère comblée, mais celui d’une vieille femme « à qui on ne la fait pas ». L’humour qui cache aussi la souffrance de tant d’années à scruter son ventre vide.

Comment accueillir l’inattendu de Dieu dans nos vies ? C’est à cette question que Sarah nous renvoie aujourd’hui. Quel est l’impossible que Dieu veut et peut rendre possible dans nos vies ?

SEMAINE 2 : RUBEN

ICE BREAKER ! Quel est un élément de votre enfance qui a eu une influence particulière sur ce que vous êtes devenu aujourd’hui ?

MERCI ! Merci parce qu’au-delà des injustices et des fautes de nos passés, tu nous offres à la croix un nouveau départ.

RAPPEL HISTORIQUE ! Ruben était le frère de Joseph, dont la vie est racontée dans les moindres détails dans les chapîtres 37 à 50 de la Genèse. Elle est un bel enseignement sur la fidélité de Dieu et sur le pardon. A côté de celle de Joseph, la vie de Ruben passe presque inaperçue… pourtant elle apporte un éclairage intéressant sur cette période fondatrice de l’histoire d’Israël.

Ruben et Joseph sont pour ainsi dire les deux fils ainés d’Israël (autre nom de Jacob, dont les 12 fils donneront leurs noms aux 12 tribus d’Israël) : Ruben est le fils ainé de Jacob, qu’il a eu avec Léa, épouse qui lui a été imposée. Joseph est le premier fils que Jacob a eu avec son autre épouse, celle qu’il aimait vraiment, Rachel.

Lorsque Jacob, avant de mourir, attribuera à chacun de ses enfants la bénédiction qui lui est propre, Ruben, pourtant fils aîné, ne recevra aucun avantage (Genèse 49, 3) à cause de sa faute : après la mort de Rachel, l’épouse préférée de Jacob, il a couché avec Bilha, l’une des épouses secondaires de son père (Genèse 35, 19-22).

BIBLE ! Genèse 37, 18-39 (Ruben sauve la vie de Joseph, mais pas sa liberté)
Genèse 42, 21-22 puis 37 (mauvaise conscience / Ruben offre ses fils en gages)

  1. Quel rôle Ruben joue-t-il dans l’histoire de Joseph ? Trouvez-vous à Ruben des circonstances aggravantes ou atténuantes ?
  2. Quelles semblent être les motivations principales pour les actes et paroles de Ruben ?
  3. En quoi nos motifs fondamentalement égocentrés peuvent-ils rendre inefficaces nos attitudes en apparence charitables ? Des exemples viennent en tête ?
  4. Ruben a-t-il été traité selon ses fautes ? Comment se manifeste la grâce de Dieu dans l’histoire de Ruben et Joseph ? et dans les nôtres ?

CITATION ! « Ruben entendit cela et il le délivra de leurs mains. Il dit : “N’attentons pas à sa vie !” » (Genèse 37, 21)

INTERCESSION ! Remettons à Dieu toutes nos erreurs, que les actions bonnes que nous avons pu accomplir ne peuvent effacer. Seigneur, pardonne-nous nos fautes ! Remettons-lui les injustices dont nous avons été victimes aussi, afin qu’elles ne déterminent pas notre présent et notre avenir.

LA RÉFLEXION !
L’histoire de Ruben est marquée par une malédiction : il est le fils aîné de son père, mais le fils de la femme mal-aimée. Cette origine marquera son identité et les relations dans la fratrie d’une manière particulièrement cruelle. Elle est aussi marquée par une faute : après la mort de Rachel, Ruben couchera avec la servante de celle-ci, épouse secondaire de son père. Sur son lit de mort, Jacob ne lui aura toujours pas pardonné ce qu’il vit comme un déshonneur.

Venons-en à présent à la tentative de “rachat” de Ruben, racontée dans les textes étudiés cette semaine. La haine de ses frères pour Joseph nous ramène en quelques sortes au début de la Genèse, où l’on découvre que les premiers frères de la Bible se sont entretués : Abel, dont l’offrande a été agréée par Dieu à la différence de celle de son frère Caïn a été assassiné par celui-ci… Au moins, cette fois-ci, le fratricide n’est pas commis, grâce à l’intervention de Ruben.

Cela dit, si Ruben parvient à sauver Joseph, c’est à l’aide d’une mauvaise solution : la citerne. Ensuite, il s’éloigne, pour une raison inconnue. Quand il revient, Joseph a disparu ; alors, Ruben se rend compte qu’après l’offense commise avec Bilha, il a manqué l’occasion de se réhabiliter auprès de Jacob en pouvant se prévaloir d’avoir sauvé Joseph de la vindicte de ses frères.
Quant au subterfuge de la tunique plongée dans le sang du bouc, non seulement il scelle une solidarité dans le mensonge, mais il est inopérant à terme : Joseph est vivant et Jacob le reverra.

La faute originelle sur Joseph est rappelée par Ruben (qui croit Joseph mort) à ses frères, après la première entrevue avec Joseph en Egypte (Genèse 42, 22).
La dernière tentative d’obtenir une réhabilitation de la part de Jacob intervient lorsque Ruben offre la vie de ses deux fils en gage du retour de Benjamin (Genèse 42, 37). La vie de deux fils, pour compenser l’absence de deux autres fils, Benjamin et Joseph.

Enfin, nous arrivons au moment où, devant le lit de Jacob, chacun des douze fils reçoit la bénédiction qui lui est propre, en relation avec son passé et avec son futur, voici les dernières paroles du patriarche à son fils ainé : “Toi, Ruben, tu es mon fils aîné, le premier fruit de ma puissance de père.
Tu dépasses tes frères en force et en puissance. Tu es un torrent bondissant. Mais tu ne seras plus le premier. En effet, tu m’as fait perdre mon honneur en t’unissant à l’une de mes femmes dans mon lit.” (Genèse 49,3s)
L’histoire des douze tribus d’Israël est ainsi tracée. Sans surprise, la bénédiction de Moïse à Ruben, venant après celle de Jacob, sera minimaliste : « Que Ruben vive et ne meure pas, et que ses hommes soient nombreux » (Deutéronome 33 : 6)

Devant les projets injustes de ses frères envers Joseph, Ruben n’a pas su avoir une position entière et claire : sa préoccupation pour lui-même, son reste de jalousie, les injustices dont il a été victime l’ont empêché d’aller jusqu’au bout pour sauver Joseph.
Nous sommes interpellés par son témoignage sur l’urgence de rechercher pour nous une guérison pleine dans la grâce de Dieu, quels que soient les injustices et les fautes du passé. Ainsi nos gestes pourront être libérés de notre recherche de rédemption et entiers dans l’amour pour l’autre.

SEMAINE 3 : MIRIAM

ICE BREAKER ! Citez le nom d’une “idole de jeunesse”, ou d’une personne connue qui vous inspire aujourd’hui !

MERCI ! Merci parce que dans ta sagesse, tu nous appelles à occuper une place particulière et unique dans ce monde. Tu utilises chacun de nous d’une manière différente et importante !

RAPPEL HISTORIQUE ! Frères et soeurs, Miriam, Aaron et Moïse ont tous les trois été choisis par Dieu pour diriger son peuple de la libération de l’esclavage en Egypte, à travers le désert, jusqu’à la terre promise. Moins connue que ses deux frères, Miriam joue pourtant un rôle de leader dans cette période de l’histoire de Dieu et de son peuple.

Entre l’Exode et le livre des Nombres, elle est mentionnée 4 fois : c’est probablement elle la soeur qui a participé au sauvetage de Moïse bébé à une époque où Pharaon ordonnait le meurtre de tous les nouveaux nés garçons chez les Hébreux. Sa mère avait caché le bébé dans un panier qu’elle a laissé dériver sur le Nil et sa soeur l’a suivi discrètement. Grâce à sa présence d’esprit, la jeune Miriam a ainsi permis que maman et bébé soient réunis puisque grâce à son intervention au moment de la découverte du bébé dans les roseaux, sa mère sera embauchée comme nourrice pour Moïse, recueilli et adopté par la fille de Pharaon (Exode 2,1-10).

Elle a par la suite été prophétesse et a conduit les femmes à louer Dieu après la traversée de la mer rouge (Exode 15,20-21). Son décès et le lieu de son enterrement sont mentionnés en Nombres 20, 1.

Aujourd’hui nous lisons un passage qui raconte le moment où elle et son frère Aaron se sont opposés à Moïse et où Dieu l’a frappée par la lèpre, puis guérie miraculeusement.

BIBLE ! Nombres 12, 1-16

  1. Quelles sont les différentes étapes par lesquelles Miriam passe dans ce récit ? 
  2. Comment s’est-elle sentie à votre avis en voyant Moïse implorer Dieu pour sa guérison ? 
  3. Qu’est-ce que le verset 2 nous laisse comprendre sur les motivations réelles de la rébellion de Miriam contre son petit frère ? 
  4. Comment avez-vous déjà observé chez vous que le fait de vous comparer à quelqu’un d’autre vous poussait à mépriser quelque chose d’unique chez vous ? 

CITATION ! Alors la prophétesse Miriam, sœur d’Aaron, prend son tambourin. Toutes les femmes d’Israël la suivent en dansant au son des tambourins. Miriam chante devant elles ce refrain : “Chantez pour le SEIGNEUR ! Il a remporté une grande victoire. Il a jeté à la mer chevaux et cavaliers !” Exode 15, 20-21 PDV

INTERCESSION ! Pardonne-nous notre tendance à nous comparer aux autres et à les envier, en particulier ceux qui occupent les premières places et sont valorisées par leur position. Donne-nous de reconnaître l’appel particulier que tu as donné à chacun de nous et à l’habiter pleinement, main dans la main avec nos frères et soeurs.

LA RÉFLEXION ! Sauveur de Moïse dans sa jeunesse, prophétesse du Seigneur et leader du peuple avec ses frères maintenant, voici que Miriam se retrouve à la tête d’une attaque interne contre Moïse.

Le chapitre précédent, Nombres 11, montrait déjà que Moïse était la cible de beaucoup de critiques et de révoltes. Mais de toutes les attaques qu’un leader peut subir, celles qui viennent de l’intérieur sont toujours les plus difficiles. Cette rébellion supplémentaire dont Miriam a certainement eu l’initiative (son prénom est cité en premier et la colère de Dieu tombe sur elle) a le potentiel d’achever Moïse.

Comment Miriam s’est retrouvée là ? Les deux premiers versets de notre texte montrent deux motivations possibles à ses critiques : en premier, l’explication rationnelle, factuelle et facilement identifiable : Moïse a épousé une étrangère et c’est une faute morale. Mais le verset 2 laisse transparaître un autre motif : Miriam et Aaron se demandent finalement s’ils ne pourraient pas aussi bien eux-mêmes diriger le peuple… après tout, à eux aussi le Seigneur parle !

Et puis ce n’est pas dit, mais il est vrai qu’ils sont plus âgés que lui, certainement plus compétents sur bien des plans, souvenons-nous par exemple que Moïse est un mauvais orateur, c’est Aaron qui parle en public à sa place !

Cet épisode de la vie de Miriam nous rappelle que l’ordre de naissance ne définit pas nécessairement le succès, ça signifie que ce n’est pas le titre qui fait de nous des leaders, mais l’appel de Dieu. Dieu a ses propres critères, différents des nôtres, et il nous surprend souvent quand il appelle l’un à une place et l’autre ailleurs. Notre soif de validation nous pousse sans cesse à nous comparer aux autres et à envier ceux qui sont plus mis en avant. Mais il y a là un grand danger. Dans ce mouvement de comparaison, Miriam a fait du mal à Moïse et elle a méprisé son appel et ses dons personnels, ainsi elle a doublement nui au projet du Seigneur. Ainsi, elle a apporté du malheur sur elle et sur Moïse et aurait aussi pu, si Dieu n’était pas intervenu, causer de grandes souffrances à l’ensemble du peuple en renversant le guide que Dieu lui avait donné.

Grâce à Miriam, nous apprenons aussi à rechercher les motivations derrière les critiques, elles ne sont pas toujours en lien avec l’objet de la critique lui-même mais souvent aussi liées à un besoin chez la personne qui l’exprime. Mettons-nous à la place de Miriam : ce que nous pensons être une critique tout à fait fondée et rationnelle, ne cache-t-il pas chez nous un désir inconscient d’être plus valorisé, plus reconnu ? La tentation d’être le premier est très souvent accompagnée d’un esprit de critique. Quand nous nous laissons contaminer par nos désirs charnels, nous nous exposons à la colère du Seigneur.

Le Seigneur est bon et Miriam revient à la raison, c’est la marque des gens intelligents : ils savent se remettre en question ! Quelles paroles admirables que celles qu’Aaron prononce au verset 11 : “nous sommes coupables ! Nous avons complètement manqué de sagesse.” Le péché est bien cela : ce qui nous paraît intelligent et rationnel au moment où nos pensées tournent autour de nous-mêmes devient clairement une folie quand on commence à penser du point de vue de Dieu et de son projet.

Seigneur, remplis-nous de la certitude de ton amour et de la valeur de ton appel ! garde-nous de la folie de la comparaison et de l’envie, donne-nous ta vision pour ton projet et entoure-nous de gens pleins de sagesse et de grâce, prêts à pardonner nos erreurs et à nous attendre le temps qu’il faut !

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  • Author: TKeller