Judas, l’autre disciple de la fin de l’Évangile – avril 2025

Introduction

Le mois dernier, pour nous accompagner pendant ce premier temps de préparation à Pâques, nous avons cheminé avec l’apôtre Pierre dans l’évangile de Matthieu, dont nous avons vu que la fin de l’itinéraire était pour le moins peu glorieuse.
Ce mois-ci nous vous proposons d’avancer avec Judas, l’autre disciple qui se distingue chez Matthieu dans la dernière partie de l’évangile. Oui, un disciple… lui aussi ! Souvent mal aimé et finalement méconnu, il renvoie pourtant chacun d’entre nous à ses propres limites. Car il n’est pas si certain au final qu’il soit “pire” que Pierre !

ATTENTION : Comme d’habitude, on ne mélange pas les évangiles entre eux, chacun ayant sa propre vision de l’histoire… Et c’est particulièrement vrai concernant le personnage de Judas. Nous ne prendrons en compte ici que la version de Matthieu, restez vigilants à ne pas aller chercher ailleurs des informations qui ne feraient que brouiller les pistes…

Semaine 1 : Une histoire d’argent… Seulement ?

Questions (pas si) bêtes : Qu’est-ce qui d’après-vous n’a pas de prix, et pourquoi ? Que croyez-vous savoir de Judas avant même d’ouvrir vos Bibles ? (à garder dans un coin pour reboucler à la fin du mois après les discussions)

Prière : Pour se placer en vérité devant le Seigneur et le laisser visiter nos vies par son Esprit-Saint, y compris sur l’argent et les recoins les plus sombres

Bible :  Matthieu 26, 1-16 (NFC)

  • Quel est le plan qui se dessine au début de ce chapitre concernant Jésus ? Qui est au courant ?
  •  Comment comprenez-vous le débat entre les disciples et Jésus sur le gaspillage (VV 8-11) ?
  • Comment s’articule l’attitude de Judas avec ce qui précède dans ce chapitre ?
  • Quelle(s) hypothèse(s) peut-on faire pour expliquer le choix de Judas ?

Réflexion 

  • « L’un des douze »… Effectivement on n’en sait pas beaucoup plus sur Judas dans l’évangile de Matthieu avant cet épisode, si ce n’est qu’il a suivi le même itinéraire que les onze autres avec Jésus. Seule indication, donnée au chap. 10, son surnom : l’iscariote. Sans que l’on puisse trancher avec certitude sur sa signification : cela peut être une indication géographique « venant de Karioth » (bourgade au sud d’Hébron) ou politique « celui qui porte le sicaire », sorte de poignard donné à certains activistes comme les zélotes, ce qui rangerait Judas dans cette catégorie de résistants à l’occupant romain. 
  • Le piège tendu par les dignitaires de Jérusalem est en train de se refermer sur Jésus, qui sait ce qu’il en est. Mais cela ne l’empêche pas de continuer sa route. Quelle preuve de confiance dans ce que peut et va faire Dieu malgré les apparences !
  • Le débat qui naît entre Jésus et les disciples au sujet du prix du parfum, et donc de la signification de l’acte de répandre ce parfum, montre l’incompréhension absolue des disciples, à qui échappe complètement la dimension symbolique et spirituelle de l’onction qui désigne Jésus comme le Messie (littéralement celui qui est “oint” par Dieu). A la “valeur” attribuée par la femme à Jésus sur le plan spirituel s’oopose la “valeur” du parfum à laquelle s’attachent les disciples. Ce n’est donc pas spécifiquement Judas qui a “un problème avec l’argent” mais l’ensemble des disciples.
  • L’évangile de Matthieu nous prévient tout de suite (v2) : Jésus sait parfaitement ce qui va lui arriver. Judas, qui croit prendre l’initiative en allant voir les grands prêtres, n’est en fait à son insu que l’instrument d’un plan déjà préparé. 
  • Les 30 deniers (ou sicles, ou pièces, selon les traductions) équivalent à peu près à un mois du salaire moyen de l’époque : ce n’est pas rien, mais ce n’est pas non plus une somme très élevée. Là aussi on mesure l’écart entre la “valeur” annoncée de Jésus comme Christ et ce que ceux qui veulent sa peau sont prêts à payer. Tout le monde pourrait se “payer” Jésus !
  • Le texte est remarquablement muet sur les motivations de Judas et les suppositions vont bon train, sans qu’aucune puisse être retenue plus qu’une autre : 

Judas était-il aussi conscient que Jésus du fait que le plan allait de toute façon se dérouler et a-t-il voulu accélérer les choses pour hâter aussi la révélation finale ? Était-il au contraire un déçu de Jésus et de ses actions si peu extraordinaires finalement qu’il a fini par se ranger au rang des dignitaires juifs en pensant qu’il valait mieux s’en débarrasser car il ne serait d’aucune utilité pour la “cause” de libération du peuple de l’occupant romain ? Encore autrement, peut-on imaginer que c’est sa façon de faire du zèle, si persuadé que Jésus, parce qu’il était le Christ, ne se laisserait pas tuer sans manifester la puissance de Dieu de façon éclatante ?….

En tout cas ce texte nous place nous aussi, comme les disciples, au début d’un drame dont nous comprenons bien qu’il va falloir à un moment prendre position : si notre vie en dépendait, quel prix accorderions-nous à la vie de Jésus ? 

Semaine 2 : En communion avec Judas… aussi

Question (pas si) bête : Y a-t-il des personnes avec qui on se sent plus en communion qu’avec d’autres, pourquoi ? 

Prière : Pour demander à Dieu le courage de regarder nos propres trahisons en face, de les lui avouer, et de croire qu’il nous aime assez pour porter nos péchés et les pardonner quand nous-mêmes nous pensons impardonnables. 

Bible : Matthieu 26, 17-32 (NFC)

  • Comment considérez-vous Judas dans ce passage ? Comment pensez-vous que Jésus le considère ? 
  • Si vous comparez l’attitude de Judas avec celle de Pierre (qui reniera aussi, mais sera dans le déni, cf le mois dernier et les versets qui suivent immédiatement les nôtres), laquelle vous semble la plus courageuse ?
  • Que pensez-vous du fait que Judas communie avec Jésus et les autres disciples lors de cette première cène ?

Réflexion : 

  • De nouveau Judas disparaît dans la “masse” des disciples, comme si le texte voulait nous montrer d’une part qu’apparemment rien n’est visible extérieurement de la trahison de Judas, et d’autre part que ce qu’il a fait aurait pu être fait par n’importe quel autre membre du groupe. Cette impression est renforcée par le fait que tous les disciples s’interrogent “est-ce moi ?” quand Jésus annonce qu’il sait qu’il va être trahi.
  • La phrase de Jésus “quel malheur…” vient en regard des béatitudes du chap 5, comme un constat de la difficulté du chemin à venir pour Judas, plus que comme un jugement qui le condamne. La trahison est toujours un poids lourd à porter pour celui qui l’assume. Cela montre aussi, en creux, le courage de Judas qui ose faire ce que tous les autres aussi auraient pu faire aussi, et qui ne se dérobe pas au regard de vérité Jésus : il aurait pu choisir de se taire…
  • La réponse de Jésus au v 26  “c’est toi qui le dit” renvoie à Judas la responsabilité de ses actes. Tout d’un coup le voici seul à assumer, séparé des autres. Cela est renforcé par la mention au v 25 de “celui qui le livrait” après le nom de Judas : désormais cela devient son identité (et peut-être bien que cela arrange tout le monde de rejeter la faute uniquement sur lui alors que tous s’en sentent capables !)
  • Le face-à-face entre Judas et Jésus est dur, comme un constat que désormais les dés sont jetés et que rien ne pourra plus changer le cours de l’histoire, et en même temps vrai : aucun des deux ne triche avec lui-même. Là où on a la sensation que Judas se durcit, Jésus maintient son regard d’amour malgré sa peine, et continue à considérer Judas comme l’un de ses proches, jusqu’au bout.
  • On peut noter le contraste entre l’attitude de Pierre, qui lui aussi va trahir mais sera dans le déni (juste après ce passage) avec celle de Judas. Sans compter que Pierre, Jacques et Jean vont aussi trahir Jésus le soir-même en s’endormant alors qu’il leur a demandé de rester éveillés et de prier… Quelle différence entre ces attitudes ? Y en a-t-il une qui soit vraiment mieux que l’autre…?
  • Le fait que Jésus et Judas sachent l’un et l’autre ce qu’il en est ne les empêche pas de communier ensemble lors de la première cène, ni de chanter des psaumes et de prier ensemble. Quelle leçon pour nous qui sommes toujours prêts à excommunier les autres…

Semaine 3 : Le prix du péché

Question (pas si) bête : Vous est-il déjà arrivé de penser que vous étiez (ou qu’un autre était) impardonnable ?  

Prière : Pour demander à Dieu son Esprit afin que nous ne doutions jamais de son amour pour nous et de sa capacité à renouveler nos vies et à faire “toutes choses nouvelles”.

Bible : Matthieu 26, 47-56 et 27, 3-10 (NFC)

  • Comment comprenez-vous l’attitude de Jésus qui refuse la violence ? 
  • En comparant l’attitude de Judas avec celle des autres disciples dans ce passage, comment qualifieriez-vous sa spécificité ?
  • Qu’est-ce qui, selon vous, conduit Judas à se donner la mort ?
  • Et si vous retrouviez ce que vous pensiez savoir de Judas au début du mois pour le comparer avec ce que vous en savez maintenant ? Qu’avez-vous appris sur lui ?

Réflexion : 

  • Encore une fois Matthieu insiste : Judas était bien “l’un des douze” , et il est “celui qui le livre”. Mais aussi celui par qui les Ecritures s’accomplissent, ce à quoi semble consentir Jésus : “ce que tu as à faire, fais-le vite”, comme si Jésus voulait partager le poids de sa responsabilité, reconnaissant que c’est aussi grâce à Judas que le plan prévu par Dieu se déroule. Cela est renforcé par la mention de l’accomplissement des écritures deux fois ( vv 54 et 56).
  • Le commentaire de Jésus sur l’attitude du disciple (“un de ceux qui étaient avec Jésus”) qui a sorti son épée semble adressé aussi à tous les disciples, et peut-être en particulier à Judas : qu’attendons-nous de la violence quand nous l’utilisons ?! Jésus assume ici résolument une dimension spirituelle à l’accomplissement du règne de Dieu et refuse la violence qu’il désigne comme une impasse. La puissance de Dieu ne s’accomplit pas dans la convocation d’une légion d’anges, mais dans l’acceptation par le Christ du plan prévu par Dieu.
  • A noter que devant cette affirmation de Jésus, TOUS les disciples l’abandonnent. De nouveau Judas semble se fondre dans la masse, ou les autres disciples ne pas valoir beaucoup mieux que lui.
  • La fin de Judas n’en semble que plus dure, voire injuste : il porte seul le poids d’une responsabilité finalement collective, Jésus lui-même ne l’a pas empêché d’agir alors qu’il aurait pu le faire. Voici que tout d’un coup le prix de la trahison semble bien dérisoire par rapport au poids à porter lorsque Jésus est condamné : ce n’est donc pas à cette issue que s’attendait Judas, dépassé par la conséquence de ses actes. 
  • On est frappé encore une fois par la comparaison avec Pierre : Judas est tout à fait conscient de sa responsabilité et il ne trouve pas d’autre issue que de se donner la mort. Rien ne “cède” en lui, pas de brèche pour que le Christ ressuscité puisse le rejoindre 3j plus tard, il se donne la mort avant, fermant lui-même la porte à une autre issue. Il accomplit ainsi la parole posée par Jésus au chap 26, v 24 : quel malheur… Toute la vie de Judas est comme écrasée par sa responsabilité et se dissout dedans
  • L’évangile de Matthieu semble assez satisfait de cette fin terrible : au moins on tient un coupable, et cela évitera de tenir les autres pour responsables… Quel parfait bouc émissaire, qui comme toujours évite aux autres de se poser trop de questions désagréables sur sa propre responsabilité… 
  • En se précipitant devant les grands prêtres, Judas dévoile leur dureté, qui est la vraie cause de la mort de Jésus. Il confesse son péché ouvertement mais ne reçoit aucun pardon, au contraire ! Eux aussi sont bien contents de pouvoir dissimuler leur responsabilité derrière celle qu’endosse Judas. Le faible prix de 30 pièces payé par eux pour la trahison est ici encore complètement moqué, puisque les voilà même remboursés par Judas : c’est donc bien que ce n’était pas sur ce registre que devait être payé un prix, cher payé par Judas du coup… Et par Jésus ensuite qui sur la croix “règle l’addition” une fois pour toute afin plus personne ne se sente obligé comme Judas de payer de sa vie.
  • Et si la seule faute de Judas avait été de vouloir “trop bien” être disciple, fidèle au plan du Seigneur et à ce que Jésus avait décidé d’accomplir ? Parfois le mieux est l’ennemi du bien… A qui d’autre qu’aux grands prêtres Judas aurait-il pu se confesser pour garder une chance d’entendre et d’accueillir le pardon qui lui aurait permis de continuer à vivre ? Toute la difficulté de la mort de Jésus, de son absence, apparaît ici… Elle laisse Judas bien seul, séparé des autres disciples. Mais Pierre aussi finit cet épisode seul…

 

Description

Ce mois-ci nous vous proposons d’avancer avec Judas, l’autre disciple qui se distingue chez Matthieu dans la dernière partie de l’évangile. Oui, un disciple… lui aussi ! Souvent mal aimé et finalement méconnu, il renvoie pourtant chacun d’entre nous à ses propres limites. Car il n’est pas si certain au final qu’il soit “pire” que Pierre !

Détails