Chemin vers Pâques : la résurrection comme processus
On parle souvent de Pâques comme d’un événement : le matin les femmes trouvent le tombeau vide, le moment où la vie triomphe de la mort. Mais la foi chrétienne ne se réduit pas à un point dans le temps. Elle s’inscrit dans un mouvement, un passage, un chemin. D’ailleurs c’est le jour de Pessah (Pâque juive, passage de la mer rouge) que le Seigneur Christ a vécu le début du cycle de Pâques. Ce temps si central de la foi chrétienne, est tout à la fois un instant, un temps et un processus : un passage de la mort à la vie, qui traverse l’existence humaine et toute la vie de l’Église. Comment cela nous rejoint-il dans le temps de maturation d’une vision qui est le nôtre ?
Ce chemin pascal a trois temps, le vendredi, le samedi, et le dimanche. Non pas seulement comme des jours d’un calendrier, mais aussi comme des expériences spirituelles qui structurent la vie du chrétien.
Le Vendredi est le temps de la perte, tout s’effondre, les attentes, les certitudes, les espoirs placés en Jésus. Au bout de ce qui devait être une fête, commencée par le repas du jeudi, les disciples sont spectateurs de la mort de Jésus. Celui qu’ils suivaient est rejeté, humilié, crucifié et ils fuient. Quelque chose nous échappe, nous est retiré, une sécurité, une image de Dieu, une manière de croire, parfois même une forme d’Église. Ce que nous pensions solide se fissure, nous ne maîtrisons plus.
Ce passage est nécessaire. La vision proposée pour notre Église implique de se placer dans la même logique : se laisser du temps pour découvrir ce que nous ne devons plus maîtriser, les activités qui ne servent qu’à justifier d’autres activités. Le vendredi nous apprend que la foi ne repose pas sur la maîtrise, mais sur une confiance qui accepte de perdre pour recevoir la vie en Christ ressuscité. Accepter une vie d’Église qui change, pour laisser le Christ prendre toute sa place.
Entre la croix et la résurrection, il y a le samedi. Rien ne se passe, c’est le temps du shabbat. Le tombeau est fermé. Ce temps est celui du désert, du vide, du silence. Il peut être long, incertain, parfois angoissant. Les repères ont disparu, mais rien de nouveau n’est encore visible. Ce temps correspond à ces périodes où l’on ne comprend plus, où les évidences anciennes ne tiennent plus, sans que l’avenir soit encore discernable. C’est un temps difficile, mais aussi un temps de maturation. C’est aussi là que peut se creuser une foi plus profonde. Pour s’approprier la vision, c’est aussi par ce temps qu’il faut passer.
Et puis vient le matin de Pâques. Et ce qui advient n’est pas simplement un retour à la situation d’avant. Jésus n’est pas ressuscité pour restaurer ce qui était. Personne ne l’avait imaginé ainsi. Les disciples ne le reconnaissent pas immédiatement mais le prennent pour le jardinier, les disciples d’Emmaüs marchent avec lui sans le reconnaître. La vie nouvelle est là, mais elle se donne autrement et il faut soi-même se déplacer pour la recevoir. C’est le temps de la mise en place de la vision, avec cette conviction que pour la vie de l’Église, la résurrection ne supprime pas les traces de la croix, elles sont parfois encore visibles. Mais la mort n’a plus le dernier mot, jamais ! Telle à la source à laquelle nous nous abreuvons inlassablement.
Si Pâques est une dynamique, alors la vision pour notre Église ne peut être figée. Elle est appelée à entrer elle aussi dans ce mouvement pascal. Accepter les temps de dépossession : perdre certaines habitudes ou activités, parfois certaines sécurités. Et cela suppose d’être disponible au Seigneur, qui fait surgir du nouveau là où on ne l’attendait pas.
Bon temps de Pâques