Résister avec Dietrich Bonhoeffer – juin 2025
Table des matières
Introduction
Pour finir l’année scolaire et avant de nous retrouver dans les maxiglises de l’été, nous proposons une formule un peu différente ce mois-ci : découvrir quelques aspects d’un théologien dont les réflexions pourraient bien nourrir les nôtres !
Evidemment il ne sera pas possible de balayer toute son œuvre en 3 fois, il s’agit donc d’une découverte de quelques aspects, qui peut-être vous donnera envie d’aller plus loin.
Semaine 1 : Bonhoeffer le croyant
1. Accueil
- Présenter le contexte un peu particulier de ce mois de juin. Les participants connaissent-ils ce pasteur ? Qu’en savent-ils ?
- Connaissez-vous des livres, des textes de Bonhoeffer ? Si oui, lesquels ? Partager avec eux des éléments de biographie (par exemple en se servant des éléments suivants)
Présentation de Dietrich Bonhoeffer
Dietrich Bonhoeffer, né le 4 février 1906 à Breslau (actuelle Wroclaw), est un théologien protestant allemand et un des hommes clés de la résistance de l’Église protestante contre le régime nazi. Étudiant brillant, il entreprend des études de théologie et soutient sa thèse de doctorat à 21 ans. Il est nommé maître de conférence en théologie à l’université de Berlin. En 1933, il part à Londres pour y exercer un ministère de pasteur, mais revient deux ans plus tard en Allemagne. C’est alors qu’il rejoint l’Église Confessante où il rencontre d’autres théologiens et pasteurs opposants au régime. Les autorités lui interdisent d’enseigner. Peu de temps après, il prend connaissance de plans visant un attentat contre Hitler. En 1938, il est interdit de séjour à Berlin. Des amis organisent alors pour lui un séjour aux Etats-Unis. Mais très vite, Bonhoeffer revient en Allemagne. En 1941, il n’a plus le droit de publier. La Gestapo le surveille. En 1943, quelques mois après ses fiançailles avec Maria von Wedemeyer, il est incarcéré sans jugement à la prison de Berlin-Tegel. C’est ici qu’il écrit des lettres et des textes regroupés plus tard dans son livre Résistance et soumission. Après l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944, les conditions de détention de Bonhoeffer s’aggravent. Transféré au camp de concentration de Buchenwald, puis à celui de Flossenbürg, Bonhoeffer est jugé par une cour martiale SS pour haute trahison. Le 9 avril 1945, quelques semaines avant la capitulation, Dietrich Bonhoeffer meurt par pendaison. Ses derniers mots sont : “C’est fini, pour moi, c’est le début de la vie.” (Service Théovie)
2. Pourquoi pas louer le Seigneur et prier pour lui remettre la séance ?
On peut utiliser par exemple cette prière de D. Bonhoeffer, ou pas :
Prière
Dieu, que j’invoque dès l’aube, aide-moi à prier et à rassembler mes pensées.
Seul, je ne le peux pas.
En moi sont les ténèbres, près de toi la lumière.
Je suis seul, mais toi, tu ne m’abandonnes pas.
Je suis découragé, mais toi tu me secours.
Je suis inquiet, mais auprès de toi est la paix.
En moi est l’amertume, mais près de toi la patience.
Je ne comprends point tes voies mais tu connais le juste chemin pour moi.
Père dans le ciel, louange et grâce à toi pour le repos dans la nuit.
Louange et grâce à toi pour le jour qui se lève.
Louange et grâce à toi pour ta bonté, ta fidélité.
Seigneur Jésus-Christ, tu étais pauvre et misérable,
prisonnier et délaissé comme moi.
Aide-moi, Esprit saint, donne-moi la foi qui me sauve du désespoir, du laisser-aller.
(reprise et mis en musique dans le recueil Alleluia 47-09)
3. Lecture d’un texte
Croire c’est prendre une décision (télécharger)
Au moment de prendre la décision de rester aux Etats-Unis ou de rentrer en Allemagne, Bonhoeffer confie à son journal intime :
« 19.6.[1939] Tout le long du jour, pas de nouvelles d’Allemagne ; attente en vain de courrier en courrier. Rien ne sert de se fâcher… Je veux savoir ce que devient le travail là-bas, si tout va bien, ou si l’on a besoin de moi. Pour l’entretien prévu demain (avec le pasteur Leiper qui devait lui présenter le travail qu’on lui proposait aux Etats-Unis), il me faut un signe venu de là-bas. Peut-être est-ce un bien qu’il ne soit pas venu.
Visite chez Leiper. Maintenant la décision est heureusement tombée. J’ai refusé. On a été manifestement déçu, et même un peu chagriné. Pour moi, cela représente sans doute plus que ce que je suis capable d’envisager sur le moment. Dieu seul le sait. C’est remarquable, pour chacune de mes décisions je ne suis jamais parfaitement au clair sur mes motifs. Est-ce un signe d’ambiguïté, de manque d’honnêteté avec moi-même ; ou est-ce le signe comme quoi nous sommes conduits bien au-delà de ce que nous savons – ou alors est-ce l’un et l’autre ? Le mot d’ordre biblique est aujourd’hui d’une terrible dureté : il porte sur le jugement absolument droit de Dieu. Lui voit sûrement tout ce qui se cache de personnel, tout ce qu’il y a de peur dans une décision comme celle d’aujourd’hui, si courageuse puisse-t-elle paraître. Les motifs d’une action qu’on allègue devant autrui et devant soi-même ne disent pas tout. Car tout peut se justifier. »
Et un peu plus tard, il écrit : « Avec Dieu, cela ne se passe pas séance tenante, on parcourt un chemin. On va de l’avant, ou alors on n’est pas avec Dieu. Dieu connaît le chemin en son entier, nous connaissons seulement le prochain pas à faire – et la destination ultime… De connaître le chemin, d’être sur le bon chemin, ne rend jamais la responsabilité et la faute plus légères mais plus lourdes. Les enfants de Dieu ne jouissent pas de droits spéciaux, sauf d’un : avoir connaissance de la grâce et du chemin de Dieu…
Je peux périr avec mes décisions et mes voies les plus pieuses, mais jamais avec le commandement de Dieu. Ce n’est pas ma piété, c’est Dieu seul qui me préserve de la confusion et de la honte.
Ce que Dieu vise avec nous, c’est la vie. Quand elle devient moyen pour la fin, la vie devient contradictoire, et cette contradiction fait d’elle un supplice. On cherche la fin, le bien, au-delà de la vie : au prix d’une négation de la vie. Tel est l’état dans lequel nous sommes établis avant de recevoir la vie en Dieu, et nous avons appris à appeler bon cet état. Nous en sommes venus à tenir la vie en haine et en mépris, et à réserver aux idées notre amour et notre adoration. Je dois moi aussi me demander : et si je vivais tellement de la charpente de mes propres principes que si Dieu me retirait un jour son commandement vivant, peut-être je ne le ressentirais même plus ? Peut-être agirais-je alors comme toujours en fidélité à mes principes, mais le commandement de Dieu serait loin de moi. »
Tiré de : Bonhoeffer Dietrich œuvres complètes (en allemand) vol.15 [Illegale Theologenausbildung Sammelvikariat, 1937-1940] Commentaire du psaume 118 p.531. Cité par Schlingensiepen Ferdinand Dietrich Bonhoeffer 1906-1945 Paris : Salvator, 2005, p.266s
Questions
- Y a-t-il des passages que vous ne comprenez pas ? Lesquels ?
- Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans ce texte ? Pourquoi ?
- Que comprenez-vous à la lecture de ce texte des raisons qui poussent Bonhoeffer à revenir en Allemagne alors qu’il aurait pu se soustraire à la menace ? Qu’en pensez-vous ?
- Un texte biblique éventuellement à mettre en écho avec votre discussion (et donc regarder où cela résonne…) : Matthieu 8, 23-27 (NFC)
Semaine 2 : Bonhoeffer le théologien
1. Accueil
- Petit rappel du thème original de ce mois, et de ce qui a été partagé la dernière fois dans le groupe.
- Un nouvel aspect du personnage : la dimension théologique. Qu’est-ce qu’un théologien pour vous ? (Quelqu’un qui pense la foi et permet aux autres de penser la leur).
- D. Bonhoeffer a été amené à faire de la théologie dans un contexte très particulier ; Voici ci-dessous quelques éléments de contexte à lire (tirés du site Théovie : https://www.theovie.org/parcours-historiques/une-nuee-de-temoins-2-13306/dietrich-bonhoeffer-13823/
Après la prise de pouvoir du parti national-socialiste en 1933, les Églises aussi sont menacées de “ mise au pas” . Dans l’Église protestante, très éparpillée en divers courants, le mouvement des “Chrétiens allemands” s’est déjà formé dès 1930. Il s’agit d’une association de membres d’Église qui adhèrent à l’idéologie national-socialiste. Avec l’aide de Hitler, ils ont gagné dès juillet 1933 les élections ecclésiales et ont occupé très rapidement des postes clés de l’Église. Seuls les évêques des Églises régionales de Bavière, du Wurtemberg et de Hanovre n’appartiennent pas aux “Chrétiens allemands” . Depuis la prise de pouvoir en janvier 1933, et avec plus de détermination encore à partir de la victoire des “Chrétiens allemands” lors des élections ecclésiastiques du 23 juin, l’exigence d’introduire le “paragraphe aryen” dans la constitution de l’Église divise les esprits. Ce texte exclut du ministère pastoral toute personne ayant de près ou de loin des origines juives. En réaction se constitue la “Ligue de crise des pasteurs” en septembre 1933.
Mais les exigences des “Chrétiens allemands” se faisant toujours plus pressantes (on exige par exemple jusqu’au rejet de l’Ancien Testament considéré comme “trop juif” ), des divisions surviennent au sein même des “Chrétiens allemands” et de nombreux fidèles quittent le mouvement en novembre 1933. Face à cette “Église du Reich” , Église officielle soumise aux autorités national-socialistes, se constitue un mouvement de résistance qui donnera naissance à l’Église confessante. Celle-ci se comprendra comme la “véritable Église protestante” en Allemagne et se fonde sur un “droit ecclésial de crise” (Kirchliches Notrecht). Elle refuse la politique de la “mise au pas” du régime nazi, ainsi que “la falsification de la doctrine chrétienne par l’idéologie raciste du national-socialisme” . C’est parce que les membres de l’Église confessante refusent leur obéissance à l’Église du Reich et à son évêque Ludwig Müller, que la “mise au pas” complète des Églises protestantes va échouer.
2. Pourquoi pas louer le Seigneur et prier pour lui remettre la séance ?
On peut utiliser cette prière de D. Bonhoeffer, ou pas !
Père du ciel,
je Te loue et Te rends grâces du repos de la nuit,
je Te loue et Te rends grâces du jour nouveau.
Je Te loue et Te rends grâces de Ta bonté et de Ta fidélité dans ma vie passée.
Tu m’as fait du bien,
donne-moi d’accepter aussi comme venant de Toi ce qui m’accable.
Tu ne me charges pas d’un fardeau que je ne puisse porter.
Tu fais servir toutes choses au bien de Tes enfants. Amen.
3. Lecture d’un texte (télécharger)
Comme expliqué dans les éléments de contexte, la question du rapport du christianisme à l’Ancien Testament était fortement débattue. C’est dans ce cadre que se trouve la réflexion de D. Bonhœffer développée ci-dessous, par exemple.
(Avant de lire, s’assurer que tout le monde sait ce qu’est la rédemption ! Sinon : La rédemption est l’oeuvre grâce à laquelle Dieu rachète l’humain pécheur en le délivrant d’un joug d’esclavage)
Lettre de la prison Tegel à son ami Eberhard Bethge, le 27 juin 1944, au sujet de la rédemption.
(Tiré de : Résistance et Soumission, lettres et notes de captivité, Labor et Fides 1973, p 347)
“Encore quelques mots concernant mes pensées sur l’Ancien Testament. Contrairement à toutes les autres religions orientales, la foi de l’Ancien Testament n’est pas une religion de la rédemption. Le christianisme est néanmoins toujours désigné comme tel. N’a-t-il pas là une erreur capitale, par laquelle le Christ est séparé de l’Ancien Testament et interprété à partir du mythe de la rédemption, extérieur à la Bible ? Certains feront l’objection que, dans l’Ancien Testament aussi, la rédemption a une signification décisive (sortie d’Égypte, plus tard de Babylone,…). Ma réponse est celle-ci : il s’agit de délivrance historique, c’est-à-dire en-deçà de la limite de la mort, tandis que partout ailleurs, les mythes de la rédemption ont pour but précisément la victoire sur la mort. Israël est retiré d’Égypte afin qu’ils vivent sur la terre, devant Dieu, et comme le peuple de Dieu. Les mythes de la rédemption cherchent en dehors de l’histoire une éternité après la mort. (…)
On prétend qu’il est décisif que dans le christianisme, l’espérance de la résurrection soit annoncée, et qu’ainsi naisse une véritable religion de la rédemption. Tout le poids porte donc sur l’au-delà de la mort.
Et c’est là précisément que je vois l’erreur et le danger. Dès lors, rédemption veut dire délivrance des soucis, de la misère, des angoisses et des désirs, du péché et de la mort dans un au-delà meilleur. Est-ce vraiment l’essentiel du message du Christ dans les évangiles et chez Saint-Paul ? Je le conteste. L’espérance chrétienne de la résurrection se distingue en ceci de l’espérance mythologique qu’elle renvoie l’humain d’une manière toute nouvelle et plus pressante que l’Ancien Testament à la vie sur la terre. Le chrétien ne dispose pas, comme les croyants des mythes de la rédemption, d’une dernière échappatoire vers l’éternité : comme le Christ, il doit vivre jusqu’au bout la vie terrestre ( “mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?”). Et ainsi seulement le Crucifié et le Ressuscité est avec lui, et il est crucifié et ressuscité avec le Christ. La vie présente ne doit pas être négligée prématurément. En cela Ancien est Nouveau Testament concordent. Les mythes de la rédemption naissent des expériences des humains, aux limites de leur existence ; mais le Christ saisit l’humain au centre de sa vie et le relève, là.”
Questions
- Y a-t-il des passages que vous ne comprenez pas ? Lesquels ?
- Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans ce texte ? Pourquoi ?
- Que pensez-vous de la façon dont Bonhoeffer comprend et actualise le concept de “rédemption” ? Est-ce que cela vous touche aujourd’hui ?
- Un texte biblique éventuellement à mettre en écho avec votre discussion (et donc regarder où cela résonne…) : Romains 8, 18-28 (NFC)
Semaine 3 : La vie en Église
1. Accueil
- Petit rappel du thème original de ce mois, et de ce qui a été partagé la dernière fois dans le groupe.
- En 2mn, si vous deviez définir ce qui caractérise la vie en Église, que diriez-vous ? (tour de table)
- “De la vie communautaire” dont nous allons lire quelques passages aujourd’hui se présente comme un témoignage de ce que Dietrich Bonhoeffer a vécu avec les jeunes candidats au ministère pastoral du séminaire de Finkenwalde entre 1935 et 1937. A l’automne 1938, une année après la fermeture du Séminaire par la Gestapo, le grand théologien écrit ainsi cette sorte de compte rendu spirituel, pour que la mémoire de cette expérience de « vie commune », assez singulière dans le protestantisme allemand, ne se perde pas et puisse servir la réflexion de l’Église. C’est un de ses livres les plus connus.
2. Pourquoi pas louer le Seigneur et prier pour lui remettre la séance ?
On peut utiliser par exemple cette prière de D. Bonhoeffer, ou pas :
Seigneur Dieu, je Te rends grâce d’avoir mené à terme cette journée.
Je Te rends grâce d’apaiser mon corps et mon âme.
Ta main était sur moi et m’a gardé et préservé.
Pardonne mon manque de foi et tout le mal de cette journée.
Aide-moi à pardonner à ceux qui m’ont fait tort.
Fais-moi dormir paisiblement sous Ta garde
et préserve-moi des tentations de la nuit.
Je Te confie les miens et cette maison,
Je te confie mon corps et mon âme.
Que Ton saint Nom soit loué. Ainsi soit-il.
3. Lecture de textes extraits « De la vie communautaire » (télécharger)
Patchwork d’extraits du premier chapitre du livre.
La communauté comme anticipation du Royaume
Ainsi, dans la période qui va de la mort du Christ au dernier jour, si des chrétiens peuvent déjà vivre ici avec d’autres chrétiens dans une communauté visible, ce n’est en fait que par une sorte d’anticipation miséricordieuse des réalités dernières. C’est par la grâce de Dieu qu’une assemblée peut se réunir de manière visible dans ce monde autour de la Parole de Dieu et du sacrement. Tous les chrétiens n’ont pas part à cette grâce. (…) La présence corporelle d’autres chrétiens est pour le croyant une source incomparable de joie et de réconfort. (…) Le croyant n’a pas à avoir honte et à se croire encore trop charnel en désirant voir d’autres croyants en chair et en os. (…) Si donc une seule rencontre entre frères comporte déjà une telle béatitude, quel trésor inépuisable ne doit-il pas s’ouvrir pour ceux qui sont jugés dignes par la volonté de Dieu de vivre dans une communauté de vie quotidienne avec d’autres chrétiens !
La communauté chrétienne est communauté par et en Jésus le Christ.
Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie d’abord qu’un chrétien a besoin d’un autre à cause de Jésus Christ ; ensuite, qu’un chrétien ne vient à l’autre que par Jésus Christ ; et, enfin, que nous avons été élus de toute éternité en Jésus Christ, accueillis dans le temps et réunis pour l’éternité. (…) Mais encore une fois, cela n’est possible que par Jésus Christ. Ce n’est qu’en Jésus Christ que nous sommes un, c’est seulement par lui que nous sommes reliés les uns aux autres. Il reste pour l’éternité l’unique médiateur.
Le chrétien a besoin de l’autre, en particulier pour entendre la Parole de Dieu pour lui
Le chrétien a donc besoin du chrétien, qui lui dit la Parole de Dieu ; il en a besoin sans cesse, lorsqu’il est incertain et découragé ; en effet, il ne peut s’aider lui- même sans se tromper au détriment de la vérité. (…) Le Christ dans notre propre cœur est plus faible que celui que nous apporte la parole du frère ; celui-ci est sûr, celui-là ne l’est pas. En même temps, le but de toute communauté des chrétiens apparaît ainsi clairement : elle nous permet de nous rencontrer pour nous apporter mutuellement le message du salut.
La prière d’intercession comme base de la vie communautaire
Une communauté chrétienne vit de l’intercession de ses membres, sinon elle meurt. Quand je prie pour un frère, je ne peux plus en dépit de toutes les misères qu’il peut me faire, le condamner ou le haïr. Si odieux et si insupportable que me soit son visage, il prend au cours de l’intercession l’aspect de frère pour lequel le Christ est mort, l’aspect du pécheur gracié. Quelle découverte apaisante pour le chrétien que l’intercession : il n’existe plus d’antipathie, de tension ou de désaccord personnel dont, pour autant qu’il dépend de nous, nous ne puissions triompher. L’intercession est bain de purification où, chaque jour, le fidèle et la communauté doivent se plonger. Elle peut signifier parfois une lutte très dure avec tel d’entre nos frères, mais une promesse de victoire repose sur elle. Comment est-ce possible ? C’est que l’intercession n’est rien d’autre que l’acte par lequel nous présentons à Dieu notre frère en cherchant à le voir sous la croix du Christ, comme un homme pauvre et pécheur qui a besoin de sa grâce. Dans cette perspective, tout ce qui me le rend odieux disparaît, je le vois dans toute son indigence, dans toute sa détresse, et sa misère et son péché me pèsent comme s’ils étaient miens, de sorte que je ne puis plus rien faire d’autre que prier : Seigneur agis toi-même sur lui, selon Ta sévérité et Ta bonté. Intercéder signifie mettre notre frère au bénéfice du même droit que nous avons reçu nous-mêmes ; le droit de nous présenter devant le Christ pour avoir part à sa miséricorde.Par là nous voyons que notre intercession est un service que nous devons chaque jour à Dieu et à nos frères. Refuser à notre prochain notre intercession c’est lui refuser le service chrétien par excellence. Nous voyons aussi que l’intercession est, non pas une chose générale, vague, mais un acte absolument concret. Il s’agit de prier pour telles personnes, telles difficultés et plus l’intercession est précise, et plus aussi elle est féconde.
Questions
- Y a-t-il des passages que vous ne comprenez pas ? Lesquels ?
- Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans ces textes ? Pourquoi ?
- Si vous deviez choisir un seul aspect développé icil pour enrichir ce que vous vivez dans l’Église aujourd’hui, auquel donneriez-vous la préférence ?
- Un texte biblique à mettre en lien éventuellement avec votre réflexion (et donc regarder où cela résonne…) : Éphésiens 4, 1-6 (NFC)
Éléments bibliographiques sur Dietrich Bonhoeffer
Livres publiés en français
- Lettres de fiançailles à Maria von Wedemeyer, Labor et Fides
- De la vie communautaire, suivi du Livre de prières de la Bible, Labor et Fides
- Éthique, Labor et Fides
- La Nature de l’Église, Labor et Fides
- La Parole de la prédication, Labor et Fides
- Vivre en disciple : Le prix de la grâce, Labor et Fides
- Résistance et soumission (Lettres et notes de captivité), Labor et Fides
- Tentation, Labor et Fides
Vidéo
Dietrich Bonhoeffer, le courage d’une conviction, Présence protestante https://www.youtube.com/watch?v=Lsbd2sH_yK0
Livre
Dietrich Bonhoeffer, un modèle de foi incarnée, Frédéric Rognon, Olivétan
Description
Découvrir quelques aspects du théologien Dietrich Bonhoeffer, dont les réflexions pourraient bien nourrir les nôtres !
Détails
- Date:
- Author: Equipe éditoriale