Tous saints !
Le temps de la Toussaint est associé à la vénération de figures exemplaires de la foi chrétienne. Pourtant, dans la perspective protestante, elle ne renvoie pas à un panthéon spirituel, mais fait écho à la communion des saints, dont parle notamment le Symbole des Apôtres, souvent partagé le dimanche matin au culte comme Confession de foi.
La Communion des saints*, composée de tous les croyants unis à et en Christ, vivants comme morts, ne met pas l’accent sur les mérites supposés de tel ou telle, mais au contraire sur leur foi, et plus précisément sur leur réponse à l’appel que Dieu leur a lancé en Jésus-Christ et auquel ils ont répondu. De ce fait, il ne s’agit pas de les invoquer comme figure de perfection de la foi, mais d’abord de rendre grâce à Dieu pour son œuvre en eux et de se laisser encourager par leur témoignage sur notre propre chemin de foi.
Dans le Nouveau Testament, le mot saint (hagios) désigne non pas une élite spirituelle, des parfaits, mais la communauté entière des croyants : « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints en Jésus-Christ qui sont à Philippes » (Philippiens 1,1, traduction Louis Segond). “Être saint” ne signifie donc pas être parfait, mais appartenir à Dieu, mis à part par la grâce donnée en Christ.
La Bible ajoute aussi que : « nous sommes entourés de cette grande foule de témoins » (Hébreux 12,1). Ce sont ceux et celles qui ont vécu la foi avant nous et dont la mémoire nourrit notre marche, l’épître aux Hébreux cite même des personnages du Premier Testament comme Abraham. L’Apocalypse évoque cette multitude : « Je vis une foule immense que personne ne pouvait compter. C’étaient des gens de tout pays, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue » (Apocalypse 7,9). Ils sont rassemblés autour du trône de Dieu et cette vision relie la foi présente enracinée dans la résurrection du Christ, mais aussi dans l’espérance du Royaume et de la résurrection à venir. En effet les textes sur la résurrection (notamment 1 Thessaloniciens 4,13-18) rappellent que la mort n’est pas une rupture définitive : les saints défunts demeurent en Christ, dans l’attente de la résurrection.
Comme chrétiens, être tous saints (Toussaint), c’est célébrer la fidélité de Dieu d’abord et c’est vivre l’unité de l’Église du Christ dans le temps et dans l’éternité. Il n’est donc pas étonnant que ce soit à l’occasion de la fête de la Toussaint 1517 que Martin Luther ait choisi de faire paraître ses 95 thèses sur les indulgences, lançant le mouvement de la Réforme de l’Église. Et lorsqu’on parle de fête de la Réformation à l’occasion du dernier dimanche d’octobre, c’est aussi cela qu’il est important de mettre en avant, bien plus que la célébration d’un homme ou de son geste, voire pire encore de la division du corps de l’Église.
Pour compléter, voici deux articles plus anciens qui sont sur le blog :
– https://temple.dumarais.fr/la-reformation-une-fete-ou-une-division
– https://temple.dumarais.fr/pour-ne-pas-ceder-aux-fascinations-morbides-a-toi-la-gloire
* Tous ceux qui sont en Christ