Quand l’expression artistique développe la foi
Nous avons la chance au Marais d’avoir de nombreux artistes qui fréquentent l’Église. Nous avons interrogé deux d’entre eux sur le rapport qui existe pour eux entre la création artistique et la foi. Vous trouverez les témoignages de Junseok MO et Hwamin SHIN dans cet article, ainsi que celui de Leona LENGYEL qui sera présente au concert Gospel du 12 avril, pour une performance artistique.
Junseok MO – Se dépouiller de soi
Ayez entre vous les dispositions
qui sont en Jésus-Christ :
lui qui était vraiment divin,
il ne s’est pas prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu, mais il s’est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain.
Philippiens 2, 5-7
Comment puis-je coexister avec l’Autre ? Depuis ma première exposition personnelle en 2010, cette question constitue le cœur de mon travail artistique. Mon enfance, la vie en internat universitaire, l’expérience du service militaire – autant de situations où j’ai partagé un même espace avec des individus aux repères de vie différents – m’ont conduit à m’interroger sur la possibilité d’une coexistence avec autrui. Cette réflexion s’incarne dans mes œuvres à travers des formes où des lignes entrelacées qui dessinent un extérieur complexe tandis que l’intérieur demeure vide. Par cette forme, j’exprime l’idée que coexister avec autrui implique de renoncer à l’affirmation absolue de soi, de se dépouiller pour laisser place à l’altérité.
En approfondissant cette recherche artistique, je n’ai pu faire autrement que de revenir à ma foi. Car ce que je crois, ce que Dieu lui-même nous a révélé, c’est précisément ce mouvement du dépouillement – la Kénose. En abolissant la loi selon laquelle « le salaire du péché, c’est la mort », il a choisi de se vider de lui-même, de prendre forme humaine et de venir jusqu’à nous pour nous sauver. Dans ma thèse de doctorat, intitulée Esthétique de la coexistence : lignes, sculptures et frontières, j’ai étudié la Kénose non seulement comme une forme de coexistence, mais aussi comme un véritable acte créateur.
Ce dépouillement est le fondement même de la coexistence avec autrui, mais il me rappelle aussi combien il est difficile d’y parvenir pleinement. Alors, lorsque je travaille et que le doute surgit, je suspends mon geste et reviens à ma foi. Mon œuvre naît de mon vécu, elle donne forme visuelle aux questionnements qui m’habitent, mais la clé de ces interrogations demeure entre les mains de Dieu. Un même questionnement peut engendrer une multitude d’interprétations plastiques, et c’est Lui qui ouvre mes yeux et mon esprit pour en explorer les multiples facettes. Plus ma foi mûrit, plus mon œuvre gagne en densité et en clarté, révélant une vision qui, je l’espère, résonne avec notre époque.
Hwamin SHIN – L’interprétation infinie

Jésus a fait encore beaucoup d’autres choses ;
si on les écrivait en détail,
le monde même, j’imagine, ne pourrait
contenir les livres qu’on écrirait.
Jean 21, 25
Nous apprenons l’histoire de la rédemption du Christ, une histoire achevée, à travers les Écritures complètes. Cependant, l’œuvre de Dieu continue depuis la création jusqu’à aujourd’hui, et elle est interprétée chaque jour de manière nouvelle à travers la voix de Dieu qui parle dans la vie et l’histoire de chaque individu. Il n’y a pas de fin à l’interprétation et à l’assimilation de cette histoire qui semble achevée. Dans cette interprétation infinie, nous menons une vie accomplie. De plus, nos questions et nos luttes, imbriquées dans nos vies, renouvellent le sens des Écritures. C’est ce que j’appelle la foi. Ce processus ressemble beaucoup à la création, à l’interprétation et à l’expansion de l’art.
En tant que chercheur en arts visuels, en tant que photographe, la question que je me pose constamment est la suivante : comment puis-je restaurer la singularité de mon être telle que Dieu me l’a donnée au moment de ma création ? Comment mon regard peut-il ne pas blesser l’autre, et comment son regard peut-il ne pas me définir ? Est-il possible, dans notre coexistence, que nous ne nous fassions pas de mal, mais que nous nous respections pleinement et découvrions la singularité cachée en nous ?
Bien que cela puisse sembler une proposition irréalisable, je continue à poser la question et à la résoudre par le langage visuel. C’est ce que je considère comme étant l’acte de création artistique. L’art ainsi créé ne s’arrête pas là. Pour ceux qui contemplent l’œuvre, ou même pour le créateur lui-même, la question est à nouveau interprétée de diverses manières. Cette interprétation infinie engendre de nouvelles questions et crée de nouvelles œuvres d’art. En fin de compte, la manière dont je crée en tant que chrétien n’est pas si différente de la manière dont je vis ma foi. Dans la foi, la recherche de l’infini Dieu dans le fini de la terre est le moyen et le résultat de la forme de vie ; dans l’art, ce sont les œuvres d’art. Je continue à poser des questions dans ma vie, portant avec moi les propositions que les Écritures nous lancent.
Leona LENGYEL, art performance et concert Gospel
Nous aurons la joie cette année d’accueillir dans notre temple pendant la semaine sainte une exposition de 7 toiles de l’artiste anglaise Leona LENGYEL illustrant les 7 paroles que le Christ prononce sur la croix dans les évangiles. Et vous pourrez rencontrer l’artiste elle-même le samedi 12 avril à 19h30 au temple car elle exécutera en direct une performance pendant le concert de Gospel qui sera donné.
Voici ce qu’elle dit elle-même de son travail, que vous pouvez aussi découvrir sur son site : “Mes peintures représentent une collaboration avec le Créateur. Sa puissance, sa vie et sa lumière se mélangent à ma foi, à mon imagination et à mon habileté dans mes coups de pinceau. Le résultat est un art qui inspire, élève les individus et les incite à une contemplation profonde.
Il y a quelque chose de transcendant dans le processus créatif. Chaque peinture commence par l’abandon de mes pensées et de ma volonté et par laisser de l’énergie créative me traverser.”

Notre méditation sur le chemin de Pâques sera portée par son travail, comme un prolongement et un développement du texte biblique. Quand celui-ci entre en écho avec la vie et les dons d’un artiste qui le déploie au travers des dons qui sont les siens, c’est comme s’il parlait de nouveau et autrement pour rejoindre tout un chacun au cœur de sa vie. Au travers du travail des artistes chrétiens, la foi s’incarne et vient rejoindre nos cinq sens plutôt que de s’adresser d‘abord à notre intellect. Ils se font ainsi l’écho de ce Dieu insaisissable et pourtant si proche dont nous parle la Bible : un Dieu dont on ne peut pas prononcer le Nom, qui sans cesse échappe à la mainmise de l’humanité, et qui dans le même mouvement nous rejoint en Christ en venant partager cette expérience humaine.
Merci Leona pour ta foi, ton travail, et ta générosité !

